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Manifeste et Programme

Projet de programme du Secours Rouge International

Après de nombreuses décennies de répression et de résistance, la continuation du régime fasciste dans notre pays a cultivé des sentiments et des liens de solidarité profondément enracinés, qui se sont exprimés des manières les plus diverses. Aujourd'hui nous constatons que ce torrent de solidarité antifasciste existe toujours ; ce qui n'existe pas, c'est une organisation qui le renforce, le consolide et le transmette. C'est pourquoi il est nécessaire de reconstruire le Secours Rouge International !

Le Secours Rouge International a une histoire légendaire. Il est né dans les années vingt du siècle dernier à l'impulsion de la IIIe Internationale pour affronter un fascisme alors seulement naissant. Parmi ses dirigeants figuraient des femmes antifascistes aussi connues que l'Allemande Clara Zetkin, l'Italienne Tina Modotti et la Russe Elena Stasova. Le Secours Rouge International se rattache donc directement à l'histoire du mouvement communiste et antifasciste international, atteignant rapidement un grand développement dans le monde entier et se distinguant par le soutien politique, juridique et économique apporté à toutes les victimes de la répression, sans distinction idéologique ou partisane.

En Espagne il s'est développé après l'insurrection des Asturies de 1934, pour faire face à la dure répression déchaînée par la réaction et obtenir la libération du grand nombre d'emprisonnés qu'elle a provoqués.

Après la guerre il fut dissous par le fascisme et ses militants réprimés.

En 1975, impulsé par le PCE(r), il y eut une première tentative de le refonder clandestinement. Il naquit lié à la lutte pour l'amnistie, si décisive à cette époque, comme composante marquante de la lutte contre la réforme franquiste. Le Secours Rouge édita son propre bulletin « Solidaridad » et compta parmi ses collaborateurs des acteurs, des médecins et des infirmières, des avocats et bien d'autres intellectuels et artistes, en plus des proches et des amis des victimes de la répression. Son expérience dura jusqu'en 1981, car la police s'acharna sur ses membres, qui furent persécutés, arrêtés, torturés et dont l'appareil de propagande fut saisi.

Il ne s'agit pas de regarder le passé sans plus, mais dans des moments cruciaux comme ceux que nous vivons nous devons tenir compte de l'héritage que nous offre la mémoire historique.

D'autres types d'organisations ont été créés, qui ont accompli un travail méritoire pour l'amnistie des prisonniers politiques, contre la torture, pour la défense de la liberté d'expression, etc. Ces petits (mais nombreux) groupes sont formés par des amis, des voisins et des proches de la victime de la répression et sont très conditionnés par le motif concret qui les amène à se constituer.

Tous, malgré la valeur extraordinaire de leur travail, ont connu des limites évidentes, car il s'agit d'organisations soit locales, soit partielles, soit restreintes au domaine humanitaire. Elles sont un signe de la dispersion et du localisme extrême du mouvement solidaire, auquel il est nécessaire de mettre fin pour que la solidarité s'étende.

Nous faisons partie intégrante de la résistance antifasciste.

Nous voulons créer une organisation qui fasse partie intégrante de la résistance contre le fascisme, une organisation politique, non seulement de dénonciation mais de lutte. Le Secours Rouge International entend renforcer et consolider les groupes solidaires déjà existants, mais d'une manière organisée qui offre une continuité et soit capable de transmettre le souffle solidaire à toutes les victimes de la répression.

Cette tâche est aujourd'hui indispensable. Nous ne pouvons pas nous contenter du mouvement tel que nous l'avons connu ces dernières années. Nous devons faire un pas en avant parce que les tâches qui nous attendent (le retour des expressions les plus crues du fascisme et la guerre impérialiste) nous l'imposent.

Nous avons besoin d'un Secours Rouge International étroitement lié aux luttes anti-impérialistes du monde entier, au mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière et à la défense et à la récupération de tous les droits et libertés démocratiques.

Nous ne pouvons pas nous limiter à former une plate-forme de plus spécialisée dans les campagnes, dans un travail purement agitatif, de manière à nous faire perdre la nature de notre objectif : développer la solidarité avec la résistance, organiser la lutte antirépressive dans sa dénonciation permanente du terrorisme d'État et du fascisme. C'est pourquoi nous considérons toujours comme une priorité de tisser de l'organisation, de consolider un large réseau solidaire capable de faire face à la répression.

Les campagnes sont pour nous un outil, non un objectif en soi. Les campagnes doivent donc nous aider à étendre notre projet et à consolider nos positions.

Une Organisation politique

Pour faire partie intégrante de la résistance antifasciste, il faut en finir avec la propension humanitaire dans laquelle tombent habituellement toutes les organisations de solidarité et, par conséquent, nous devons expliquer l'origine, la cause et la nature de la répression que nous subissons, qui n'est autre que le régime fasciste qui règne en Espagne depuis 1936, et comment combattre cette répression.

La lutte antirépressive s'inscrit dans un contexte de lutte contre le fascisme. Il est de nos tâches de situer la lutte contre la répression dans son juste et profond contenu politique, ce qui nous conduit à assumer et à soutenir des revendications démocratiques minimales et à prendre conscience que nous constituons une part même de l'ensemble du mouvement révolutionnaire.

Précisément en raison de son rôle marquant dans la lutte contre le terrorisme d'État, le Secours Rouge International se démarque radicalement de toute pratique contaminée par le réformisme et qui s'exprime à travers des attitudes spontanéistes, désorganisées, détachées d'objectifs concrets, qui rendent inutile et inoffensive toute dénonciation du régime. Des pratiques réformistes que nous avons l'obligation de démasquer et de liquider au sein du mouvement.

En définitive, nous posons le caractère politique inévitable de la lutte antirépressive. La solidarité avec les prisonniers, la dénonciation de l'État, la lutte contre la terreur fasciste ne peuvent tout simplement pas se faire d'un point de vue « apolitique », en dehors de l'engagement qui nous oblige à nous lier à la résistance elle-même, parce que nous faisons partie de cette résistance. Le mouvement antirépressif doit être assumé comme un front de lutte de plus de l'ensemble du mouvement populaire et révolutionnaire.

Le Secours Rouge International a pour mission d'organiser de larges secteurs populaires dans la dénonciation du fascisme, du caractère de plus en plus fascisé des États « démocratiques » et des instruments (« légaux » et « illégaux ») judiciaires, policiers ou législatifs (également économiques, sociaux…) dont ils se servent pour imposer leurs plans d'exploitation et d'oppression et éliminer toute pousse de dissidence ou de contestation. Le Secours Rouge International doit être un canal par lequel s'éveillent les consciences, parmi des secteurs toujours plus larges de la population, sur le fait que dans ce contexte personne n'est à l'abri de la répression.

Pour cette raison même, nous devons oser définir le Secours Rouge International comme un instrument qui doit être pris comme agglutinant de larges secteurs populaires. Car ce n'est que si le Secours Rouge International est un agglutinant, le bras antirépressif du mouvement populaire, qui organise et canalise effectivement la solidarité avec la résistance, alors seulement le Secours Rouge International sera capable de déployer tout son potentiel comme arme de dénonciation politique ; alors seulement prendra sens le fait de dire qu'il est nécessaire que la lutte antirépressive soit conçue de façon unitaire, en rompant avec les sectarismes stériles et paralysants, en clarifiant les positions et en étant capable d'agir internationalement, de façon coordonnée.

Les prisonniers politiques jouent un rôle fondamental dans tout mouvement solidaire. Mais nous ne devons pas les traiter avec victimisme en nous lamentant sur leur situation ; ils ne doivent pas devenir des sujets de dévotion que l'on peut utiliser mais dont on ne tient pas compte. Il est de notre devoir de faire en sorte que les prisonniers révolutionnaires aient leur propre voix au sein du mouvement, dans la rue.

En tant que sujets, les prisonniers continuent d'exercer leur tâche militante. Parmi nos principales tâches figure celle d'exiger et d'obtenir leur liberté, de les arracher aux prisons, mais il doit être essentiel de faciliter au maximum le contact entre la rue et l'intérieur des prisons. Le prisonnier doit aussi participer, comme n'importe qui d'autre, au débat politique, et nous devons lui garantir cette participation.

Nous devons garder présente la condition de « prisonniers politiques » des militants révolutionnaires incarcérés, et l'exigence de la reconnaissance de cette condition fait partie de la bataille politique que nous devons arracher à l'État.

Nous constituons une Organisation indépendante et démocratique

Quand nous parlons d'organisation, nous sommes conscients des caractéristiques propres que doit avoir un mouvement comme le nôtre, qui en aucun cas ne doit être centralisé ni bureaucratique mais, au contraire, large, ouvert à toutes sortes de gens qui souhaitent exprimer leur apport des manières les plus variées. Le Secours Rouge International doit regrouper des membres de toutes les idéologies, sans aucune distinction, parce que le régime attaque toutes sortes de mouvements politiques et sociaux : indépendantistes, libertaires, communistes, autonomes, pacifistes, etc. Tous doivent être soutenus et tous doivent avoir ici une place pour se défendre. Il est évident qu'il existe entre eux des différences de toutes sortes, mais ce qui nous unit est bien plus profond : nous luttons contre le même État fasciste, auquel nous voulons mettre fin.

Tous ces mouvements (et nous-mêmes) faisons partie d'une même lutte et, en conséquence, nous devons nous engager activement dans leur défense, nous lier étroitement à toutes leurs initiatives.

Cela dit, le Secours Rouge International ne dépend de personne d'autre que de lui-même. Une organisation de nos caractéristiques doit être présidée par la démocratie interne, et nos décisions nous devons les prendre dans les réunions et les assemblées dont nous convenons. C'est là que nous devrons discuter et adopter les décisions de manière démocratique, sans admettre d'ingérence de la part de qui que ce soit.

Notre force sera notre indépendance, sans oublier que cette indépendance doit l'être tout particulièrement à l'égard de l'État fasciste, et que nous ne pouvons pas devenir une ONG à la mode, de celles qui disent lutter alors qu'en réalité elles vivent des subventions par lesquelles ce même État fasciste les manipule et les achète. Pour garantir notre indépendance, nous n'acceptons de subventions d'aucune sorte.

Mais la plus large démocratie n'est pas incompatible avec l'union et la coordination la plus étroite entre toutes les organisations locales et régionales, de sorte que nous marchions tous dans la même direction et vers les mêmes objectifs, ce pour quoi est indispensable la formation d'un comité qui dirige le travail, développe l'organisation et assure la diffusion de nos publications.

Nous ne sommes pas un groupe humanitaire mais militant. Notre solidarité est politique parce que, en dernière instance, nous ne défendons pas les personnes réprimées mais leur lutte conséquente à travers elles. Notre relation avec les victimes de la répression n'est pas personnelle, parce que nous serions amis, voisins ou collègues de travail, mais nous cherchons à défendre ce qu'elles représentent, leur activité, leur engagement et leur pratique combattante et engagée.

De plus, nous essayons d'être une organisation unitaire. Mais il ne s'agit pas d'englober le plus grand nombre possible de collectifs et de secteurs, mais de concevoir le rôle de la lutte antirépressive comme un cadre unitaire dans lequel doivent se retrouver coude à coude tous ces secteurs populaires et révolutionnaires dans une perspective antifasciste et anti-impérialiste.

Dans cette direction, nous devons prendre l'initiative d'ouvrir un large débat parmi les secteurs qui réalisent un travail antirépressif, en leur présentant nos propositions pour rassembler les forces et renforcer la solidarité.

Une Organisation internationaliste

La nécessité d'une organisation comme celle que nous proposons provient aussi de la course belliciste qu'ont entreprise les grandes puissances pour un nouveau partage du monde. Il n'y a pas si longtemps, depuis tous les fronts médiatiques, on nous faisait croire qu'après la disparition de l'Union soviétique et du camp socialiste, la guerre froide était terminée et que le capitalisme triomphant était un paradis de progrès et de bien-être, de liberté et de démocratie sans égal.

Il ne s'est pas écoulé plus de douze ans et la crise économique se décharge brutalement sur les épaules des travailleurs : licenciements massifs, précarisation de l'emploi, baisses de salaires, allongement de la journée de travail… Tous les fléaux du capitalisme s'accentuent et seront encore pires à mesure que la bourgeoisie les aggravera pour financer les dépenses d'armement et la guerre.

Cette même perspective guerrière est ce qui les conduit à réprimer avec acharnement la moindre dissidence envers leurs plans militaristes et à emprisonner les antifascistes, les communistes, les anarchistes, les patriotes et les anti-impérialistes, toutes ces personnes, collectifs, organisations et partis qui ne se soumettent pas au diktat du capital, ni à la fascisation toujours plus grande de leurs États ; ceux qui ne supportent pas la faim, la misère, la répression et la mort que leur action cause à l'immense majorité de l'humanité.

L'impérialisme ne peut tolérer la moindre dissidence conséquente et, tandis qu'ils se disputent un nouveau partage du monde avec lequel sortir la tête de l'eau de leur crise endémique, ils accroissent leur arsenal de mesures répressives politiques, policières et de contre-information idéologique et psychologique, avec lesquelles ils tentent de neutraliser et, s'ils n'y parviennent pas, d'écraser le mouvement ouvrier et populaire et ses organisations les plus combatives et d'avant-garde, en n'importe quelle partie du monde.

Quand la répression et l'agression armée franchissent les frontières et deviennent l'axe des politiques de tous les États capitalistes, nous aussi, antifascistes, anti-impérialistes, anarchistes et communistes, et en général les travailleurs, étudiants, intellectuels et artistes conscients du monde entier, avons besoin de nous organiser internationalement pour y faire face.

Le Secours Rouge International est essentiellement internationaliste, même si, pour que cet internationalisme soit ferme et fécond, il doit être enraciné et fondé sur le travail mené dans chaque pays. C'est pourquoi il est indispensable que dans chaque pays nous menions un large travail d'organisation et de dénonciation.

Il ne suffit pas de dénoncer la répression et de critiquer ce que nous ne voulons pas : si nous allons vraiment être un mouvement politique, nous devons offrir une alternative de ce que nous prétendons atteindre, un Programme qui défende et contribue à récupérer les droits et libertés démocratiques et pour lequel nous attendons toutes sortes d'apports. Ce n'est qu'ainsi que nous rassemblerons la solidarité aujourd'hui si diluée.

Le Programme que nous proposons de discuter et d'approuver est le suivant :

01

Mesures contre la guerre impérialiste

Arrêt immédiat des préparatifs de guerre. Sortie de l'OTAN et des autres blocs militaires agressifs. Défense de la paix, du désarmement et de l'amitié entre tous les peuples du monde. Solidarité avec les luttes anti-impérialistes et défense de ceux qui sont persécutés pour ce motif. Châtiment exemplaire des criminels de guerre. Dissolution d'Europol et abolition de l'espace policier et judiciaire européen.

02

Mesures antirépressives

Amnistie pour tous les prisonniers politiques et large grâce pour les prisonniers pour causes sociales. Suppression du régime FIES et de l'isolement carcéral. Abrogation de la Loi de Sécurité Citoyenne, de la Loi de Vidéosurveillance et des autres lois spéciales ; dissolution de l'Audiencia Nacional, des tribunaux militaires et des corps répressifs, ainsi que mise en cause des responsabilités des tortionnaires et des impliqués dans la guerre sale. Interdiction des organisations et de la presse fascistes et racistes.

03

Droits démocratiques

Droit à l'autodétermination pour tous les peuples et nations opprimés. Liberté d'expression, de réunion, d'association et de manifestation sans autorisation préalable. Droit d'asile et de refuge pour tous ceux qui sont persécutés pour leur lutte contre l'impérialisme et le capitalisme. Pleins droits de citoyenneté pour les travailleurs immigrés.

04

Droits sociaux

Éradication du chômage, interdiction de la précarité et réduction du temps de travail. Égalité de la femme travailleuse. Allocation pour tous les chômeurs. Des logements dignes et bon marché. Droit d'occupation des logements et des terres abandonnés. Locaux à usage gratuit pour la jeunesse. Enseignement gratuit et démocratique pour tous et abrogation de la LOU. Dissolution de l'enseignement privé et ecclésiastique. Séparation de l'Église et de l'État, interdiction de subventionner toute confession religieuse. Liberté de conscience et de pratique du culte sans discriminations.

Tu peux demander des « Programmes » ou des informations. Aide à les distribuer et collabore à la création et à l'extension de nouveaux Comités dans ta localité.

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